Reflexions sur le sport.

 

À la question de savoir quelle place occupe le sport dans la tradition juive, il me faut d'emblée annoncer que cette question ne semble pas avoir préoccupée de façon explicite, les rabbins et les philosophes de la tradition d'Israël.

En effet, le sport en tant que discipline de vie ou en tant qu'institution est d'abord le produit de la civilisation grecque, puis le fruit de la culture occidentale depuis le XVIII ème siècle, en rappelant que le mot sport apparaît pour la première fois dans un journal hippique d'Angleterre en 1828.

Cette occultation ne signifie pas pour autant qu'elle laisserait insensible le croyant interpellé par un tel sujet. ...

En fait pour répondre à la question, je diviserai mon propos en deux parties avant ma conclusion. Premièrement, que dit la Bible et plus généralement la tradition juive (Talmud, exégèse) de la place du corps et de la santé, secundo qu'elles seraient les pièges à éviter selon cette même tradition, pour ne pas faire du sport un moyen d'aliénation de l'homme. En effet la Bible dit clairement : "je place devant toi la vie et la mort, et tu choisira la vie", c'est à dire la vie pour toi et la vie pour l'autre.

En ce qui concerne la place du corps dans la tradition monothéiste, il est explicite qu'il est l'oeuvre de Dieu, au même titre que l'âme qui fut insufflé dans les narines d'Adam. Que ce texte de la Genèse soit entendu au sens premier ou sur un plan allégorique, il reste évident que le corps et l'âme constituent les deux facettes de l'humain. On ne peut réduire l'homme ni à sa vie biologique seule ni à sa conscience morale et spirituelle seule, l'homme ne peut être saisi que dans sa globalité.

 

Pratiquement, la Bible interdit de se mutiler, de se blesser, d'affaiblir sa force par des conduites acétiques, et de façon générale de mettre un tant soi peu sa santé en danger, même si ces attitudes étaient mues par des aspirations spirituelles. Et s'il est vrai que certains maîtres vécurent de cette manière, ils furent très peu nombreux, et ils restèrent célèbres pour leurs enseignements, jamais pour leur conduite. Un verset biblique peut résumer cette exigence de vie : "Et vous ferez très attention à vos personnes". De là, la tradition déduit que toute activité qui agirait pour le bien de la personne serait louable, alors que toute celle qui nuirait à la santé physique ou psychologique de l'individu serait condamnable. Autant la cigarette, l'abus d'alcool et de bonne chair, sans parler des drogues, seront à proscrire, autant un cadre de vie épanouissant sera prôné.

Le rabbin médecin Maïmonide du XII ème siècle écrit en introduction de son commentaire talmudique : "Comment l'homme pourrait-il servir Dieu et faire le bien autour de lui, en étant malade ? ". Or il a été démontré aujourd'hui que le sport, qu'il soit individuel ou collectif, participe de la santé de la personne. Courir, nager, manipuler des poids et haltères, combattre dans le respect de l'adversaire, ne peut que permettre un équilibre bénéfique. Même le croyant pourra puiser dans ces activités une source non négligeables de forces spirituelles. Pour le Judaïsme, le sport est cacher !

Là où il pourrait poser problème, c'est sorti de son contexte de bien-être et de franche camaraderie, pour entrer dans une économie de marché et dans une "starisation" outrancière, avec ses dérives et ses manipulations. Dès l'instant où le sport devient spectacle, c'est à dire qu'il est donné à voir, plus qu'à vivre, le Judaïsme se montrera vigilant. Je ne dis pas condamnant, mais vigilant !

 

Les sommes d'argent astronomiques dépensées pour la réussite d'un athlète ou d'une équipe, l'utilisation de certaines drogues dangereuses à plus ou moins long terme, sont aujourd'hui des secrets de Polichinelle. La violence dans les stades, le détournement de lois éthiques élémentaires sont des dérives qui entachent le sport de sa valeur éducative. Est-ce à dire que le sport à grande échelle soit condamnable ? Non bien sûr, car le sport est une école de la vie.

Le sport bien compris, car bien enseigné, apprend la maîtrise de soi, le sens de l'effort, le dépassement, ce que la société de consommation n'offre pas toujours, par excès de facilités.

Le sport est aussi une école de respect car elle se situe au dessus des différences culturelles, religieuses ou politiques.

Le sport permet de valoriser le particularisme tout en ouvrant les hommes à la pluralité.

Le sport est inséparable d'une bonne éducation et la formation d'un professeur d'éducation physique ne peut se couper de l'enseignement des bonnes manières. Un véritable sportif se doit d'être d'abord un gentleman. De ce point de vue la religion ne peut qu'encourager la multiplication des clubs, des salles, pour les jeunes et les moins jeunes, pour les femmes et pour le hommes.

Si la maison de la Paix est le souhait exprimé par toutes les confessions, lorsqu'elles sont débarrassées de leurs tendances extrêmes, alors le sport peut-être considéré comme l'une des pierres de l'édifice
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