DE L'HÉBREU A L'ARAMÉEN

 

 

LES JUIFS DU RETOUR
A l'époque où le royaume judéen s'effaça devant la puissance babylonienne (-586), la langue hébraïque elle aussi dut céder à l'influence du chaldéen puis du persan. Non seulement le peuple s'en déshabitua peu à peu à mesure qu'il parlait la langue des autochtones, mais les érudits eux-mêmes qui continuaient pourtant à l'utiliser, ne serait-ce que pendant la lecture de la Torah, introduisirent des barbarismes dans le vocabulaire, dans les locutions et même dans la syntaxe grammaticale. Ce sont les aramaïsmes, qui furent introduits dans les livres écrits après le retour.
Comme souvent dans l'histoire des communautés juives durant l'exil, il y eut des formes d'assimilation culturelle qui touchèrent la langue, ce qui donna dans notre cas un langage judéo- perse.
Il semble malgré tout qu'il faille atténuer l'affirmation que les judéens auraient oublié totalement la langue ancestrale. En effet Néhémie (XIII. 24) nous apprend que ce furent les enfants issus de pères juifs et de mères non-juives qui ne savaient pas bien parler l'hébreu, et que près de la moitié s'exprimaient dans le langage maternel.
&laqno;En ces temps là, je vis les Judéens qui avaient épousé les femmes d'Achdod, d'Ammon et de Moab. Et la moitié de leurs enfants parlaient la langue d'Achdod et ils ne savaient point parler le judéen».
Cela ne signifie donc pas que les Judéens du retour perdirent totalement l'usage de l'hébreu.
Les derniers prophètes Haggaï, Zacharie et Malachie continuèrent à parler au peuple en hébreu comme cela ressort de leurs textes. Malachie lui-même à la fin de son oracle : &laqno;Souvenez-vous de la Torah de Moïse», qui signifie aussi n'oubliez pas l'hébreu ancestral.
Du temps de Néhémie, les sages récitèrent en présence de la communauté une longue supplique (Néhémie IX,5 à 37) afin d'exhorter le peuple à souscrire fidélité à la loi divine, or nous ne voyons pas qu'il ait été nécessaire de réinterprété cette prière. Certes nous apprenons par un autre passage (Néhémie VIII 8) que les lévites commentèrent et développèrent la parole de Dieu, mais développer n'est pas traduire(2).
 
LES JUIFS DE L'EXIL
Par contre à l'égard des juifs restés en Babylonie, et qui formaient le plus grand nombre, ils durent s'habituer peu à peu à la langue du pays et désapprendre la leur. Plus tard en émigrant par groupes successifs vers la Judée, ils contribuèrent sans doute à étendre de plus en plus l'usage de l'araméen au détriment de l'hébreu. N'oublions pas également de tenir compte de la situation économique et politique dans laquelle se trouvait le petit État placé sous la dépendance des rois perses, puis soumis quelques siècles après, à la domination des Syriens, qui parlaient comme on le sait aujourd'hui, un idiome araméen.
Toutefois, on ne saurait dire que la langue hébraïque, tant que dura le second Temple, fût absolument morte. Tout en se fragilisant de siècle en siècle, elle se conserva vivante, jusqu'après la chute de Jérusalem, chez une partie plus ou moins grande de la nation.
Le célèbre Rabbi Méir, qui vivait au second siècle après l'ère chrétienne promettait la félicité éternelle à tous ceux qui restaient domiciliés en Judée et qui parlaient la langue des prophètes (3). Ce qui souligne qu'en vérité si la langue était en danger, elle n'était pas encore hors d'usage.
 
HÉBRAÏSME POST-BIBLIQUE
 
L'hébraïsme du second Temple abonde en terme non bibliques, mais dont un grand nombre, pour ne pas se trouver dans le Texte, ne sauraient être considérés comme barbares ou exotiques.
Beaucoup en effet paraissent avoir été adoptés par les Hébreux après le temps biblique; mais d'autres peuvent très bien appartenir à la langue de Moïse et des prophètes, et leur absence dans le Tanakh s'explique soit parce qu'il n'a pas eu l'occasion d'en faire usage, soit parce qu'une partie de la littérature prophétique n'est pas parvenu jusqu'à nous.
Dans cet hébraïsme post-biblique nous pouvons citer quelques mots :
Afilou (même) venant de Af Elou (même eux).
Bichvil (en vue de) venant de Ba Chévil (sur le chemin).
A'khol (digérer) venant de Akhol (manger)
Minayin (d'où ?) venant de Méayin (d'où ?. Cf. Ps CXXI,1)
Hallal (creux) qui se révèle dans les dérivés bibliques comme Halon
(fenêtre, un creux dans le mur), Méhila (pardon, un creux dans ma dignité bafouée), Hallil ( flûte, un instrument creux) (4).
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(1) Sans doute une invitation à apprendre l'hébreu dans un oulpan.
(2) Le Traité Nédarim 37b explique le mot méfarèch par traduire, mais rien ne nous oblige à adhérer à cette assertion discutable.
(3) Talmud de Jérusalem, traité Chabath I/5.
(4) Certains grammairien traduisent par &laqno;tambour» d'après Isaïe V 12.